Bernard Andrès : Quand la harpe classique devient moderne

Diffusé dans la Newsletter - Septembre 2026

Bernard Andrès - 1941-2026


Il y a des compositeurs qui écrivent pour la harpe, et puis il y a ceux qui semblent avoir véritablement compris ce que la harpe peut devenir entre les mains d’un musicien.

Bernard Andrès appartient sans aucun doute à cette deuxième catégorie.

Né à Belfort en 1941, Bernard Andrès étudie dans les conservatoires de Besançon et de Strasbourg avant d’intégrer le Conservatoire national supérieur de musique de Paris, où il obtient un Premier Prix de harpe. il devient en 1969 harpiste soliste à l’Orchestre Philharmonique de Radio France, poste qu’il occupera jusqu’en 2005. Parallèlement à sa carrière d’interprète et d’enseignant, il développe une œuvre considérable consacrée à la harpe, aussi bien à la grande harpe qu’à la harpe celtique.

Bernard Andrès nous a quittés le 14 juillet 2026, laissant derrière lui un répertoire qui a profondément marqué plusieurs générations de harpistes.


Une autre façon d’apprendre la harpe

Ce qui me semble particulièrement intéressant chez Bernard Andrès, c’est la place qu’il a prise dans l’apprentissage de la harpe au conservatoire.

Ses pièces sont très présentes dans les programmes pédagogiques et les examens. Aquatintes,Charades, Automates, Préludes, Contes vagues ou encore Ribambelle sont devenus des références du répertoire destiné aux élèves. Certaines de ses œuvres sont encore aujourd’hui proposées comme morceaux imposés dans les évaluations de harpe.

Mais apprendre une pièce de Bernard Andrès ne donne pas forcément l'impression de « faire ses gammes » ou de travailler une étude classique.

C'est justement là que réside, à mon sens, une grande partie de son talent pédagogique.


À travers ses compositions, on travaille la précision, les déplacements, les croisements, les nuances, les harmoniques, les glissandos et de nombreuses sonorités particulières de la harpe. Il utilise également des effets comme les sons xylophoniques, les pincements de cordes, différents types d'harmoniques, ou encore les percussions sur la caisse de l'instrument.

Et pourtant, tout cela est intégré dans de véritables petites pièces musicales, avec une personnalité, une atmosphère et souvent une très jolie ligne mélodique. C'est ce qui fait que l'élève peut avoir le sentiment de jouer de la musique contemporaine, plutôt que de simplement travailler une technique.


Une musique contemporaine… mais accessible

Bernard Andrès possède une écriture très personnelle : moderne dans les sonorités et les techniques utilisées, mais rarement éloignée de la mélodie. C'est probablement pour cette raison que ses œuvres restent aussi accessibles aux élèves.

Elles permettent de découvrir des gestes et des couleurs qui sortent du langage traditionnel de la harpe, tout en conservant quelque chose de chantant et de sensible.

Pour un professeur, c'est une véritable richesse : on peut faire travailler une technique sans que l'élève ait l'impression de travailler une technique.

Et pour les harpistes qui viennent de la harpe celtique, son répertoire est particulièrement intéressant puisqu'il existe de nombreuses œuvres écrites directement pour harpe celtique ou pour les deux types de harpe. Aquatintes en est un très bel exemple : les six pièces ont été écrites pour harpe ou harpe celtique dès 1974.


Et puis il y a Aquatintes

Personnellement, j'ai une affection particulière pour Aquatintes. J'aime beaucoup ces petites pièces qui donnent l'impression de faire apparaître des couleurs et des mouvements à la surface de l'eau. Elles sont courtes, mais elles offrent énormément de matière musicale et permettent d'explorer différentes facettes de l'instrument.

Et Aquatintes n'est finalement qu'une porte d'entrée dans l'univers de Bernard Andrès.


Il existe derrière cette œuvre tout un monde de pièces, de petites études, de danses, de recueils et de compositions dans lesquelles on retrouve cette même envie de faire sonner la harpe autrement. Les Petits Pas, Épices, Automates, Asters, Amarantes, Danses d'automne, ou encore Les Îlets sont autant de chemins différents pour découvrir son écriture.

Certaines sont plus pédagogiques, d'autres plus poétiques, certaines plus contemporaines, d'autres presque dansantes. Mais elles ont souvent en commun cette capacité à faire travailler la technique tout en donnant envie de jouer de la musique.


C'est peut-être cela, finalement, le bel héritage de Bernard Andrès : avoir contribué à faire sortir la harpe de l'image d'un instrument uniquement associé au grand répertoire classique, et avoir montré qu'elle pouvait être moderne, expressive, surprenante… tout en restant profondément mélodique.

Et pour nous, harpistes, il nous laisse surtout beaucoup de belles vibrations à faire résonner encore longtemps.

 

Eve McTelenn - Aout 2026


 
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