Disparition de Madeleine Buffandeau
Madeleine Buffandeau-Maingourd - 1937-2026
Photo : famille Buffandeau-Maingourd
Écrire sur Marie-Madeleine Buffandeau-Maingourd m’a demandé de nombreux recoupements : articles de presse, archives en ligne, témoignages d’Alan Stivell, paroles de Mariannig Larc'hantec — qui fut son élève —, et témoignage de son ex-époux Philippe Maingourd.
C’est à travers ces voix croisées que se dessine peu à peu un parcours, mais aussi tout un pan de l’histoire de la renaissance de la harpe celtique en France. Un sujet qui me passionne profondément, et auquel je consacrerai prochainement d’autres articles.
Une grande figure de la harpe classique et bretonne s’est éteinte
La harpiste et musicologue Marie-Madeleine Buffandeau-Maingourd, connue également sous son prénom breton « Madalen », est décédée le 8 janvier 2026 à l’âge de 89 ans.
Un hommage lui a été rendu le mercredi 14 janvier à 14 h 30 en l’église de Ploufragan, près de Saint-Brieuc, où elle avait vécu pendant trois décennies avant de s’y retirer.
Avec sa disparition, c’est une page importante de l’histoire de la harpe en France — à la croisée de la tradition classique et du renouveau celtique — qui se tourne.
TELENN BLEIMOR / groupe de harpeurs* 1954 1962 au Congrès Interceltique de Tréguier De g. à droite : Rozenn Guilcher, Brigitte Baronnet, Madalen Buffandeau, Armel Le Sec’h
Crédit Photo : Armel Le Sec’h
Une formation d’excellence au Conservatoire de Paris
En 1956, Madeleine Buffandeau obtient un Premier Prix de harpe et de musique de chambre au Conservatoire national supérieur de musique de Paris.
L’année suivante, la presse musicale salue une jeune interprète déjà reconnue pour sa virtuosité et sa sensibilité, à l’occasion d’un récital donné à la Salle Pleyel à Paris (source : ABP).
À cette époque, dans les grandes institutions françaises, la harpe enseignée est essentiellement la harpe à pédales, inscrite dans la grande tradition classique. Cette formation d’excellence ouvre à Madeleine Buffandeau les portes d’une carrière internationale de concertiste.
Elle développe parallèlement un travail de recherche en musicologie. Un périodique culturel breton signale, dès les années 1960, une soutenance à la Sorbonne portant sur le renouvellement de la musique populaire.
Deux thèses de musicologie sur les modes bretons sont également mentionnées comme ayant été déposées au Conservatoire National Supérieur de Paris, dans la classe d’esthétique musicale (ressource Mariannig Larc'hantec - ABP).
Son parcours se déploie ainsi à la fois sur la scène et dans le champ de la recherche.
Telenn Bleimor :
un ensemble pionnier à Paris
En Bretagne, Madeleine Buffandeau reste particulièrement associée à la Telenn Bleimor, ensemble majeur dans l’histoire moderne de la harpe bretonne.
Plusieurs sources la citent comme directrice ou animatrice de la formation, et comme l’un des premiers professeurs ayant structuré un enseignement de la harpe celtique dans cette dynamique.
La Telenn Bleimor est un ensemble de harpes bretonnes fondé à Paris par Perig Keraod, père d’Armel Lesech, dans le cadre du mouvement culturel breton Bleimor.
Créé dans les années 1950, l’ensemble avait pour objectif de faire revivre la harpe bretonne, tant sur le plan instrumental que pédagogique.
La « Telenn Bleimor » est décrite comme le premier groupe de jeunes femmes harpistes particulièrement emblématique, ayant remis à l’honneur, dès les années cinquante, cet instrument ressurgi des profondeurs de l’histoire bretonne et celtique, et promu dans un brillant revival, popularisé en usage soliste par Alan Stivell.
À une époque où il n’existait pratiquement pas de tradition continue de harpe celtique en France, Telenn Bleimor constitue un véritable laboratoire :
Redécouverte du répertoire,
structuration d’un enseignement,
formation d’une nouvelle génération de harpistes.
En 1963, Madeleine Buffandeau intègre la section harpe destinée aux jeunes femmes scouts parisiennes dans le cadre de Telenn Bleimor. Elle forme alors de nombreuses musiciennes, souvent issues de la diaspora bretonne.
Selon Ouest-France, elle enseigne dans pratiquement toute la Bretagne.
Philippe Maingourd estime qu’elle a ainsi « contribué au renouveau de la harpe celtique ». Il la décrit comme un « grand nom de la musique classique et bretonne des années 1960 et 1970, et au-delà ».
Dans le même temps, un autre artiste participe à ce renouveau : Alan Stivell.
Le nom de Madeleine Buffandeau demeure cependant plus discret, ayant choisi de mener une carrière davantage orientée vers la formation musicale classique.
Georges Cochevelou
Une génération fondatrice
Au début des années 1960, les harpistes celtiques en France sont extrêmement peu nombreux. L’enseignement est embryonnaire, les instruments rares, le répertoire en reconstruction.
La génération de Madeleine Buffandeau fait partie de ces pionniers qui ont :
établi des passerelles entre harpe classique et harpe celtique (création d’une première méthode de harpe celtique)
contribué à légitimer musicalement l’instrument breton renaissant,
structuré un enseignement durable.
C’est aussi par la transmission — cours, encadrement, orientation d’élèves — que son empreinte s’est diffusée. Elle participe à la formation d’une génération de harpistes et à la consolidation de la place de l’instrument dans le paysage musical breton.
Lors du premier Festival de harpe celtique de Saint-Brieuc, en 1981, organisé par la ville et dirigé par Soazig Noblet, un article mentionne le nom de Madeleine Buffandeau comme professeur de Mariannig Larc’hantec.
Crédit Photo : Armel Le Sec’h
Marianig Larhantec, Brigitte Baronnet va c'hoar, Madalen, Francoise Johannel.
Un héritage vivant
Aujourd’hui, alors que la harpe celtique est largement enseignée en Bretagne et ailleurs, que festivals et formations se multiplient, il est essentiel de rappeler le rôle de celles et ceux qui ont œuvré dans les décennies où tout restait à bâtir.
Madeleine Buffandeau laisse un héritage artistique, pédagogique et musicologique important.
L’hommage qui m’a le plus touchée est celui d’une harpiste à une autre harpiste. Mariannig Larc’hantec écrit (ressource ABP) :
« Je voudrais rendre un hommage profond, respectueux et bien sûr affectueux, à celle qui m'a posé les mains sur la harpe, orientant ainsi tout mon parcours professionnel. Nous lui devons également deux thèses de musicologie sur les modes bretons, thèses qu'elle a déposées au Conservatoire National Supérieur de Paris dans la classe d'esthétique musicale. »
À travers ces mots se mesure la portée d’une transmission.
La renaissance de la harpe celtique ne repose pas uniquement sur quelques figures mises en lumière par l’histoire : elle s’est construite aussi grâce à des pédagogues, des chercheuses, des passeuses de savoir.
Et c’est cette histoire-là que je continuerai d’explorer.
Ressources intéressantes à lire, et découvrir pour votre culture :
Le premier petit mag sur la harpe celtique - Hiver 1985
Une ancienne de la Telenn Bleimor qui raconte sa propre histoire dans le groupe de la Telenn Bleimor
Magazine - Musique Bretonne - 1981
Le 1er festival de harpe celtique à St Brieuc, organisé par la ville et ayant comme directrice Soazig Noblet, on mentionne dans l’article, le nom de Madeleine Buffandeau comme le professseur de Mariannig larcantec